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Le renouveau de l'occitan

Malgré une période de forte dévalorisation de la langue (voir le chapitre sur le déclin), de nouveaux auteurs voient le jour au XXe siècle :

  • Frédéric Mistral (1830-1914), écrivain et lexicographe, membre fondateur du Félibrige, membre de l'Académie de Marseille et Prix Nobel de littérature en 1904 auteur d'un dictionnaire d'occitan (en graphie dite mistralienne) Lou Tresor dòu Felibrige.
  • Max Rouquette (1908-2005) a joué un rôle irremplaçable dans le maintien de la culture occitane et dans sa revivification profonde. Il a été traduit aux États-Unis, en Allemagne et au Japon, puis plus tard il traduisit lui-même ses oeuvres en français. La Comédie Française lui rend aujourd'hui hommage.
  • Félix-Marcel Castan (1923-2001), philosophe, est devenu le meneur des réflexions sur l'occitanisme et la décentralisation culturelle. Il est le premier à établir :

* l'anti-narcissisme historique des peuples de langue d'oc (aucun mouvement pour la création d'un royaume ou d'un État propre),
* la participation pionnière et de premier plan des écrivains occitans à l'idée d'une nation française contractuelle, non ethnique,
* la logique anti-unitariste, donc culturellement pluraliste, de toute la littérature occitane, de l'époque post troubadouresque à aujourd'hui.* il a redonné aux troubadours leur rôle littéraire incontournable.* il a rappelé l'importance d'Olympe de Gouges (1748-1793), pionnière du féminisme.

  • Bernard Manciet, (1923-2005), diplomate et entrepreneur gascon, est un des poètes paradoxaux les plus considérables.
  • Robert Lafont (1923), universitaire (linguiste et historien de la littérature d'oc). Dans ses essais en français, il présente la situation, non seulement de l'Occitanie mais également de l'ensemble des minorités vivant sur le territoire français. Il est l'un des théoriciens de ce qu'il est convenu d'appeler le colonialisme intérieur en parlant de la situation occitane. L'autre volet de son œuvre, la littérature en langue occitane, marque un renouveau de la création littéraire dans cette langue, par sa rupture totale avec la tradition folklorique antérieure. Il est poète, dramaturge, romancier et essayiste
  • Pierre Bec (1921), spécialiste de langue et littérature d'oc et écrivain, a publié en 1997 Le Siècle d'or de la poésie gasconne (1550-1650).
  • François Fontan, fondateur des principes de l'ethnisme.
  • Jean Boudou (1920-1975) est un romancier, un conteur et un poète qui a écrit toute son oeuvre en occitan.

En 1931-39, l'autonomie acquise par la Catalogne, qui soutient l'occitanisme, redonna un coup de fouet au dynamisme occitan.

L'IEO (Institut d'Estudis Occitans) oeuvre depuis 1945 pour la défense et la promotion de la langue occitane. Son action est responsable en grande partie de la sauvegarde et du développement de l'occitan. Il intervient dans :

  • la recherche - les études, colloques et publications - la promotion de l'enseignement de l'occitan
  • la formation : stages, rencontres d'été...
  • les centres de vacances jeunesse - les arts plastiques : expositions
  • la musique - l'édition : l'IEO est le plus gros éditeur de langue d'oc avec ses collections : prose, poésie, vulgarisation, livres pour les enfants...

De plus, les sections régionales et départementales de l'IEO, les Cercles occitans locaux participent à l'animation et à la vie culturelle du pays.

En 1951, la loi Deixonne autorise l'enseignement de l'occitan dans les établissements scolaires en France. Cette loi sera complétée ensuite par la création d'un CAPES (Certificat d'aptitude pédagogique à l'enseignement secondaire) d'occitan en 1991, bien que le nombre de postes proposés soit en-dessous des besoins et de la demande.

L'occitan prédisposerait à l'apprentissage des langues étrangères. En effet, l'oreille humaine a la capacité d'entendre 24 000 hertz. Cependant, l'usage de la langue maternelle filtre et " déforme " les sons étrangers. Le français n'en perçoit que 5 000 hertz, tandis que l'occitan en perçoit 8 000 au minimum.

Aujourd'hui la situation est très variable selon les états où est parlée la langue occitane :

* En France : le français est la seule langue officielle. Bien que l'Union européenne prône la défense des langues minoritaires, l'État français a modifié l'article 2 de la Constitution en 1992 pour stipuler que " La langue de la République est le français ". La France n'a pas ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, alors qu'elle impose à d'autres pays de respecter les droits de leurs propres minorités. La politique des langues régionales et minoritaires (lois sur les langues régionales, enseignement...). Dans certaines communautés de l'Occitanie en France, on retrouve un affichage bilingue incluant la variante locale de la langue occitane.

* À Monaco : le français est la seule langue officielle. L'occitan serait parlé par 15% de la population (recensement 1988).
 
* En Espagne : depuis 1990 l'aranais est langue officielle dans le Val d'Aran, statut qu'il partage avec le catalan, qui est officiel partout en Catalogne, et avec l'espagnol, langue officielle de l'Etat. Le Statut d'Autonomie de la Catalogne (1979) prévoyait la restitution des institutions politiques aranaises. La Loi de Normalisation Linguistique de la Catalogne (1983) reconnaissait l'usage public de l'aranais dans la vallée, mais n'en faisait pas non plus une langue officielle, bien que le gouvernement catalan s'engageât à prendre les mesures nécessaires pour en garantir la normalisation.
Entre 1983 et 1990 le gouvernement catalan prit effectivement une série de mesures en ce sens: publication des normes orthographiques et reconnaissance de l'appartenance de l'aranais à la famille linguistique occitane; application de ces normes dans l'enseignement de l'aranais, droit des Aranais d'employer leur langue dans les rapports avec l'administration catalane; etc.


Néanmoins, ce n'est qu'en 1990 que fut adoptée la Loi du régime spécial du Val d'Aran qui accordait à l'aranais un statut officiel dans la vallée. D'autres dispositions importantes de cette Loi sont les suivantes : reconnaissance des liens qui unissent le Val d'Aran aux autres régions de langue occitane, rétablissement des institutions politiques abolies en 1834; introduction de l'aranais dans l'enseignement, dans l'administration régionale et les médias qui en dépendent; promotion et développement de la culture aranaise.

* Italie : l'occitan vient d'obtenir un statut qui prévoit une normalisation comme celle qui existe dans le Val d'Aran. Mais il faut encore attendre que les lois d'application se mettent en place. La Constitution précise, comme en France, que " La langue de la République est l'italien ". Cependant, l'occitan possède le statut de langue officielle (avec une dizaine d'autres langues dont l'italien).
Le parlement italien a adopté en 1999 une loi destinée aux minorités linguistiques du pays : loi du 15 décembre 1999, n° 482, " Norme in materia di tutela delle minoranze linguistiche storiche ", en français: " Normes en matière de protection des minorités linguistiques historiques ". L'article 2 de la loi est explicite, car il énumère les minorités concernées par la loi : y sont compris les Occitans et les Catalans. En vertu de l'article 6 de la Constitution et en harmonie avec les principes généraux établis par les organisations européennes et internationales, la République protège la langue et la culture des populations albanaise, catalane, germanique, grecque, slovène et croate, et de celles qui parlent le français, le francoprovençal, le frioulan, le ladin, l'occitan et le sarde.

* Union européenne : la langue occitane n'est pas reconnu comme langue officielle. En effet, les trois pays européens concernés n'ont pas officialisé leurs langues régionales au niveau de l'Europe. Ces langues ne sont pas des langues officielles de travail et l'occitan a seulement un statut de langue régionale et minoritaire.

Ces dernières années deux grandes manifestations unitaires pour la langue occitane ont rassemblé 12 000 personnes environ à Carcassonne en octobre 2005 et 20 000 personnes environ à Béziers en mars 2007. Des gens de toutes tendances politiques et de tous dialectes occitans ont ensemble réclamé à ces deux occasions une plus grande reconnaissance des pouvoirs publics pour la langue occitane, une présence amplifiée de la langue dans les médias publics et un accès facilité à l'apprentissage de la langue à l'école publique.