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La Croix Occitane

Article de Bertran de La Farge, publié avec son aimable autorisation.                                   

Occitane car provençale et toulousaine, la Croix occitane, dite aussi Croix de Toulouse ou Croix du Languedoc est une croix grecque bouletée, à quatre branches égales, chacune étant terminée par trois boules, soit au total douze boules représentant initialement, selon l’inspiration du Livre de l’Apocalypse, les douze apôtres, la croix grecque initiale étant elle-même une représentation du Christ. Monnaies et sceaux nous montrent l’utilisation largement répandue, pendant tout le Moyen Âge et depuis son adoption par l’Empereur Constantin en 325, de la lettre grecque « khi » (ayant la forme d’un X ou d’un +), comme symbole et initiale du Christ. La croix grecque originelle, appelée chrisme, sera nommée par la suite croix pattée et figurera sur la plupart des monnaies européennes médiévales et sur les blasons des ordres de chevalerie.

Les premières origines sont religieuses.
En effet, les débuts de l’existence de ce chrisme bouleté, que nous appelons aujourd’hui croix occitane, sont religieux et à ce titre très largement antérieurs aux règles savantes de l’héraldique qui ne naîtra véritablement qu’à la fin du XIe siècle lors de la première croisade : croix grecque à branches égales, cléchée et pommetée d’or, dont les extrémités des branches sont triplement bouletées et perlées. Cette croix bouletée, d’abord utilisée comme chrisme par les premières églises chrétiennes méditerranéennes orientales (Alexandrie, Constantinople, Arménie, Eglise nestorienne) sera reprise et adoptée, temporellement et politiquement, par les comtes de Provence, après l’An Mil, en particulier à Venasque et à Forcalquier.

Premières utilisations héraldiques en Provence.
L’héraldique faisant son chemin, elle devint au départ, l’apanage des marquis de Provence, « chefs du clan » des premiers comtes, indivis, de Provence (la dynastie d’origine burgonde des Bosons, 993-1112). Emma, comtesse de Provence et de Venasque, nièce de Guilhem le Libérateur, comte et marquis de Provence, mariée à Guilhem III Taillefer, comte de Toulouse de l’An Mil (952 † 1037), apporta en dot à Guilhem et à ses descendants : cet emblème, présent en Burgondie et en Provence depuis plusieurs siècles, la Terre d’Argence (Beaucaire), la ville et le nom de Saint Gilles ainsi que la fonction et le titre de marquis de Provence.

Emblème des Provençaux et des Toulousains.
Comtes de Toulouse et marquis de Provence. Le comte de Toulouse, Raymond IV de Saint Gilles, troisième marquis de Provence héréditaire, fut le premier (connu) à arborer cette croix, apanage des marquis de Provence, lorsqu’il en fit graver le premier sceau connu à Saint-André d’Avignon, lors de son départ pour la première croisade, en 1096. Lorsqu’il s’empara d’Antioche, le 3 juin 1098, la légende dit que l’on vit flotter sur les murailles de la ville l’emblème écarlate à la croix d’or aux douze boules (de gueules à la croix d’or bouletée), aux côtés de l’étendard, fait de fougères sinoples, de son allié, Bohémond, prince de Tarente, qui deviendra prince d’Antioche. Ce fut sans doute la première manifestation héraldique et publique, tout au moins connue, bien qu’imparfaitement et mythologiquement relatée, de ce qui allait devenir la croix occitane.

Cette croix bouletée figurera, à partir de 1037 puis de 1096 à 1272, à ce titre, sur les sceaux et sur certaines monnaies des comtes de Toulouse, en particulier chez tous les marquis de Provence héréditaires qui succéderont à Guilhem Taillefer et à Raymond IV : les comtes de Toulouse Bertran Ier, fils de Guilhem Taillefer et Alphonse-Jourdain, fils de Raymond IV, puis les trois derniers comtes de Toulouse (Raymonds V, VI et VII) ainsi que Jeanne de Toulouse, fille de Raymond VII et ultime représentante de la lignée « mondine » des comtes de Toulouse. Elle fut aussi, de 1109 à 1187, l’emblème de six générations de comtes de Tripoli (Liban) descendants de Raymond IV de Saint Gilles (Raymond Ier de Tripoli) et surnommés Sanjil par Saladin et par les Sarrasins.

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Denier à la croix pattée bouletée Alphonse Ier, comte de Provence, comte de Barcelone Alphonse II, roi d’Aragon, 1167-1173

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Copie d’un sceau attribué à Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse, marquis de Provence, duc de Narbonne, Raymond Ier, comte de Tripoli, 1096-1105

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Monnaie, à la croix bouletée, de Raymond V, comte de Toulouse Marquis de Provence, duc de Narbonne, 1148-1194

Avers (« face »), à gauche : croissant accosté d’une étoile, le véritable attribut héraldique des Comtes de Toulouse.
Revers (« pile »), à droite : la croix bouletée, dite occitane, attribut héraldique des Marquis de Provence.

Ces « nuances » sont visibles sur tous les sceaux et monnaies des comtes de Toulouse : les comtes de Toulouse utilisent la croix « occitane » en leur qualité de marquis de Provence et ils utilisent le croissant accosté d’une étoile en leur qualité de comtes de Toulouse. L’appellation « Croix occitane » est d’autant plus justifiée que pendant près de trois siècles, cette croix a historiquement, directement, solidairement et simultanément concerné Toulouse et la Provence (1000-1272). Elle est toujours utilisée aujourd’hui en Provence, en particulier à Venasque (Comtat Venaissin), Forcalquier, Buoux et Gigondas et son usage est redevenu courant dans les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon et dans un grand nombre de villes de ces deux régions.

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Sceau de Raymond VI, comte de Toulouse, Marquis de Provence, duc de Narbonne, 1194-1222 Remarquer le croissant et l’étoile propres aux comtes de Toulouse

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Sceau de Raymond VII, comte de Toulouse Marquis de Provence, 1222-1249

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Sceau de Jeanne Plantagenêt, épouse de Raymond VI, mère de Raymond VII, Fille d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II Plantagenêt, sœur de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre, Marquise de Provence, Duchesse de Narbonne, Comtesse de Toulouse, 1200

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Monnaies : Livre de Toulouse, avec les armoiries de la cité de Toulouse, XVIe siècle

Les « temps modernes ».

Cette croix fut ensuite utilisée par la monarchie française, comme emblème des états du Languedoc et des Comices d’Occitanie, jusqu’en 1789 . Elle est, bien entendu, mise à l’honneur, de nos jours par la ville de Toulouse qui d’une part l’arbore dans ses armoiries depuis l’époque des comtes de Toulouse et
des Capitouls et qui l’a remise à l’honneur à partir de 1983 avec ses logos officiels ; et, depuis 1986, par le Conseil régional de Midi-Pyrénées et par de nombreuses villes occitanes. Face au drapeau occitan qui flotte depuis 1983 au frontispice du Capitole, une splendide croix occitane géante, en bronze, figure, depuis 1995, à Toulouse, au milieu de la place du Capitole et témoigne de l’attachement des Toulousains à leur symbole millénaire. Œuvre de Raymond Moretti, elle a remplacé avec talent les douze apôtres par les douze signes du zodiaque.
 

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Jeton des états du Languedoc, Louis XIII, 1634

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Revers d’un jeton du Comice d’Occitanie de 1702, sous Louis XIV

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Les armoiries de la cité de Toulouse. Restauration, XIXe siècle

Noter l’apparition des fleurs de lys en chef de l’écu. Cette représentation de l’agneau se retrouve sur les armoiries de très nombreuses villes.  L’agneau représente le Christ qui, ici protège et guide la ville assimilée à la « Jérusalem céleste » (selon l’évangile et l’Apocalypse de Jean). A gauche : le Château narbonnais, siège des comtes de Toulouse. A droite : la basilique Saint-Sernin.

La croix occitane est, le plus souvent, dessinée à partir de courbes de même rayon :

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Croix occitane sur le parvis de la basilique Saint-Sernin. Toulouse

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Sceau du Grand Patriarcat orthodoxe de Constantinople

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Croix nestorienne - Turkménistan (An 450)

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La croix occitane est dessinée à partir de courbes aux rayons égaux. Le dessin devient progressivement une synthèse de rosaces et la croix occitane apparaît au milieu du dessin. Tel ici, le logo de l’association Carrefours cathares

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Héraldique : « Croix grecque à branches égales, cléchée et pommetée d’or, dont les extrémités des branches sont triplement bouletées et perlées »

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… telle ici, la croix occitane zodiacale de Raymond Moretti Place du Capitole, Toulouse, 1995

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Place du Capitole

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Logo de la ville de Toulouse

Logo Conseil Régional Midi-Pyrénées

Logo Conseil Régional Midi-Pyrénées